DOI: 10.1051/ata/2003005
Une intoxication volontaire grave à la venlafaxine
Guillaume Hoizey1, Francis Grossenbacher2, Aurélie Molia3, Laurence Bagrel3, Monique Carlier2, Thierry Trenque3, Hervé Millart1 and Denis Lamiable11 Laboratoire de Pharmacologie et Toxicologie, Hôpital Maison-Blanche, CHU de Reims, France
2 Service d'Aide Médicale Urgente, Centre de Toxicovigilance, CHU de Reims, France
3 Centre Régional de Pharmacovigilance, CHU de Reims, France
Reçu le 7 octobre 2003 ; accepté le 22 décembre 2003
Résumé
Une jeune femme de 24 ans est admise aux urgences dans un
état de coma réactif, secondaire à l'ingestion volontaire,
probable, de 60 comprimés de venlafaxine dosés à 50 mg.
Durant son transport et à son arrivée à l'hôpital, elle présente
plusieurs crises convulsives généralisées. L'examen
clinique montre une tachycardie, avec à l'ECG un rythme
sinusal à QRS fins. L'interrogatoire révèle l'absorption en
une prise unique, environ 2 heures précédant l'admission
aux urgences, des 3 grammes de venlafaxine, sans aucune
autre substance associée. Après une prise en charge thérapeutique
conventionnelle avec administration de clonazépam,
la patiente quitte le service de réanimation 48 heures
après son arrivée. Aucune séquelle n 'est à déplorer. Les analyses
toxicologiques effectuées sur les tout premiers prélèvements
sanguins ont permis de confirmer, au moyen de la
chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie
de masse, la nature du composé incriminé. Plusieurs
prélèvements consécutifs ont été réalisés pendant les 24 premières heures de surveillance en service de réanimation. Les
concentrations plasmatiques de venlafaxine et de son principal
métabolite actif, l'O-déméthylvenlafaxine, ont été déterminées
par chromatographie liquide haute performance et
détection ultraviolette. Ce cas d'intoxication avec 3
grammes de venlafaxine absorbée isolément, documenté par
des dosages sanguins répétés, n'a, à notre connaissance, pas
encore été décrit en France. Sur le plan de la symptomatologie
clinique et du suivi toxicocinétique, cette observation est
en accord avec plusieurs données de la littérature. Enfin, il
apparaît que la persistance d'une tachycardie sinusale au
moins pendant 12 heures suivant l'intoxication, soit en relation
avec le maintien, sur cette même période, de concentrations
de venlafaxine et de son métabolite actif, supérieures
aux concentrations thérapeutiques.
Abstract - Acute non-fatal venlafaxine self-poisoning :
a case report
A 24 year-old young women was admitted to emergency unit,
after the ingestion of 60 venlafaxine 50-mg tablets. During
transport and after her arrival at the hospital, she experienced
several generalized seizures. Physical examination
revealed a coma, and the electrocardiogram showed a sinus
tachycardia with a normal QRS complex. On further questioning,
she stated that she had ingested 3 g of venlafaxine,
approximately 2 hours prior to her admission. She denied
ingesting any other medication. Following a classical and
appropriate treatment, she recovered completely and was
discharged after 48 hours. Initial toxicological testing permitted
us to confirm the overdose by that compound.
Venlafaxine was identified in plasma by gas-chromatography
and mass-spectrometry detection. Blood specimens were
serially collected from her admission up to 24 hours after
poisoning. Concentrations of venlafaxine and its major
metabolite, O-desmethylvenlafaxine, were determined in
plasma by using a high-performance liquid chromatography assay. Following a basic toxicokinetics study, the results are
discussed in light of both literature, and development of clinical
symptoms.
Key words: venlafaxine -- acute poisoning -- toxicokinetics
Mots clés : venlafaxine -- intoxication aiguë -- toxicocinétique
© Société Française de Toxicologie Analytique 2003




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