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Ann Toxicol Anal. 2008; 20(4): 183-205
DOI: 10.1051/ata/2009021
Consommation de cannabis: quels sont les risques ?
Christian Giroud, Marc Bollmann, Aurélien Thomas, Patrice Mangin and Bernard FavratCentre Universitaire Romand de Médecine Légale, Lausanne-Genève, Suisse
Reçu le 15 juillet 2008, accepté après modifications le 5 février 2009 / Publication en ligne le 26 mars 2009
Abstract - Cannabis: what are the risks ?
Cannabinoids from cannabis have a dual use and display often opposite
pharmacological properties depending on the circumstances of use and the
administered dose. Cannabinoids constitute mainly a recreative or addictive
substance, but also a therapeutic drug. They can be either neurotoxic or
neuroprotector, carcinogenic or an anti-cancer
drug, hyperemetic or antiemetic, pro-inflammatory or anti-inflammatory... Improvement in in-door
cultivation techniques and selection of high yield strains have resulted in
a steadily increase of THC content. Cannabis is the most frequently
prohibited drug used in Switzerland and Western countries. About half of
teenagers have already experimented cannabis consumption. About 10% of
cannabis users smoke it daily and can be considered as cannabis-dependant.
About one third of these cannabis smokers are chronically intoxicated. THC,
the main psychoactive drug interacts with the endocannnabinoid system which
is made of cellular receptors, endogenous ligands and a complex
intra-cellular biosynthetic, degradation and intra-cellular messengers
machinery. The endocannabinoid system plays a major role in the fine tuning
of the nervous system. It is thought to be important in memory, motor
learning, and synaptic plasticity. At psychoactive dose, THC impairs
psychomotor and neurocognitive performances. Learning and memory abilities
are diminished. The risk to be responsible of a traffic car accident is
slightly increased after administration of cannabis alone and strongly
increased after combined use of alcohol and cannabis. With the exception of
young children, cannabis intake does not lead to potentially fatal
intoxication. However, cannabis exposure can act as trigger for
cardiovascular accidents in rare vulnerable people. Young or vulnerable
people are more at risk to develop a psychosis at adulthood and/or to become
cannabis-dependant. Epidemiological studies have shown that the risk to
develop a schizophrenia at adulthood is increased for cannabis smokers,
especially for those who are early consumers. Likewise for the risk of
depression and suicide attempt. Respiratory disease can be worsen after
cannabis smoking. Pregnant and breast-feeding mothers should not take
cannabis because THC gets into placenta and concentrates in breast milk. The
most sensitive time-period to adverse side-effects of cannabis starts from
foetus and extends to adolescence. The reason could be that the
endocannabinoid system, the main target of THC, plays a major role in the
setup of neuronal networks in the immature brain. The concomitant use of
other psychoactive drugs such as alcohol, benzodiazepines or cocaine should
be avoided because of possible mutual interactions. Furthermore, it has been
demonstrated that a cross-sensitisation exists between most addictive drugs
at the level of the brain reward system. Chronic use of cannabis leads to
tolerance and withdrawals symptoms in case of cannabis intake interruption.
Apart from the aforementioned unwanted side effects, cannabis displays
useful and original medicinal properties which are currently under
scientific evaluation. At the moment the benefit/risk ratio is not yet well
assessed. Several minor phytocannabinoids or synthetic cannabinoids devoid
of psychoactive properties could find their way in the modern pharmacopoeia
(e.g. ajulemic acid). For therapeutic purposes, special cannabis varieties
with unique cannabinoids composition (e.g. a high cannabidiol content) are
preferred over those which are currently used for recreative smoking. The
administration mode also differs in such a way that inhalation of
carcinogenic pyrolytic compounds resulting from cannabis smoking is avoided.
This can be achieved by inhaling cannabis vapors at low temperature with a
vaporizer device.
Résumé
Les cannabinoïdes contenus dans la plante de cannabis ont un double
usage et possèdent des propriétés opposées suivant les
circonstances et les doses employées. Les cannabinoïdes,
essentiellement drogue récréative ou d'abus pourraient, pour
certains d'entre eux, devenir des médicaments. Selon les conditions
d'utilisation, ils peuvent être neurotoxiques ou neuroprotecteurs,
carcinogènes ou anticancéreux, hyper-émétiques ou
antiémétiques, pro-inflammatoires ou anti-inflammatoires... Les
techniques de culture sous serre indoor ainsi que la sélection de
variétés de cannabis à fort potentiel de production ont conduit
à un accroissement notable des taux de THC. Le cannabis est la drogue
illégale la plus fréquemment consommée en Suisse et ailleurs
dans le monde occidental. Environ la moitié des jeunes ont déjà
expérimenté le cannabis. Environ 10 % des consommateurs le fument
quotidiennement et en sont devenus dépendants. Un tiers de ces usagers
peut être considéré comme chroniquement intoxiqué. Le THC,
la principale substance psychoactive du cannabis, interagit avec le
"système endocannabinoïde". Ce système est composé de
récepteurs cellulaires, de ligands endogènes et d'un dispositif
complexe de synthèse, de dégradation, de régulation et de
messagers intra-cellulaires. Le système endocannabinoïde joue un
rôle clé dans le réglage fin du système nerveux. Les
endocannabinoïdes régulent la mémorisation, l'apprentissage
moteur et la plasticité des liaisons nerveuses. À dose psychoactive, le
THC réduit les performances psychomotrices et neurocognitives. Les
facultés d'apprentissage et de mémorisation sont diminuées. Le
risque d'être responsable d'un accident de circulation est augmenté
après prise de cannabis, et ceci d'autant plus que de l'alcool aura
été consommé parallèlement. À l'exception des jeunes
enfants, la consommation de cannabis n'entraîne pas de risque potentiel
d'intoxication mortelle. Toutefois, le cannabis pourrait agir comme facteur
déclenchant d'accident cardiovasculaire chez de rares individus
prédisposés. Les individus jeunes, et/ou vulnérables ont un
risque significativement plus élevé de développer une psychose
à l'âge adulte ou de devenir dépendant au cannabis. Des
études épidémiologiques ont montré que le risque de
développer une schizophrénie à l'âge adulte était
augmenté pour les consommateurs de cannabis et ceci d'autant plus que
l'âge de début de consommation était précoce. Il en va de
même pour le risque de dépression. Les troubles respiratoires
pourraient être exacerbés par la prise de cannabis. Les femmes
enceintes et celles qui allaitent ne devraient pas consommer de cannabis car
le THC traverse la barrière hémato-placentaire, en outre, il se
concentre dans le lait maternel. La période de la vie la plus sensible
aux effets néfastes du cannabis correspond à celle allant du
fœtus à l'adolescent. Le système endocannabinoïde sur
lequel agit le THC serait en effet un acteur majeur orchestrant le
développement des réseaux neuronaux dans le cerveau immature. La
prise concomitante d'autres psychotropes comme l'alcool, les
benzodiazépines ou la cocaïne conduit à des renforcements
mutuels de leurs effets délétères. De plus, il a été
montré l'existence d'une sensibilité croisée pour la
majorité des psychotropes qui agissent sur le système de la
récompense, le cannabis y compris, ce qui augmente ainsi le risque de
pharmacodépendance. La prise régulière de doses élevées
de cannabis entraîne l'apparition d'une tolérance et de
symptômes de sevrage discrets à l'arrêt de la consommation. À
part les effets négatifs mentionnés auparavant, le cannabis
possède des propriétés médicales originales qui sont l'objet
d'études attentives. Plusieurs cannabinoïdes mineurs naturels ou
synthétiques, comme l'acide ajulémique, pourraient trouver un jour
une place dans la pharmacopée. En usage thérapeutique, des
variétés particulières de cannabis sont préférées,
par exemple celles riches en cannabidiol non psychoactif. Le mode
d'administration diffère de celui utilisé en mode récréatif.
Par exemple, la vaporisation des cannabinoïdes à basse
température est préférée à l'inhalation du "joint".
Key words: Cannabis -- consumption patterns -- endocannabinoids -- CB1 -- CB2 -- tolerance and dependence -- addiction -- adverse events -- therapeutic potential -- forensic aspects
Mots clés : cannabis -- modes de consummation -- endocannabinoïdes -- CB1 -- CB2 -- tolérance et dependence -- addiction -- effets indésirables -- applications thérapeutiques -- conséquences forensiques
Correspondence: Christian.Giroud@chuv.ch
© Société Française de Toxicologie Analytique 2009
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