DOI: 10.1051/ata/2002023
Mécanismes de la redistribution post-mortem des xénobiotiques : le point sur l'état actuel des connaissances
Anne-Laure Pelissier-Alicot1, Jean-Michel Gaulier2, Pierre Champsaur3 and Pierre Marquet21 Service de Médecine Légale, Faculté de Médecine - 13385 MARSEILLE Cedex 5
2 Service de Pharmacologie et Toxicologie, Hôpital Universitaire Dupuytren - 87042 LIMOGES
3 Laboratoire d'Anatomie, Faculté de Médecine - 13385 MARSEILLE Cedex 5
Reçu le 5 novembre 2000 ; accepté le 10 janvier 2001
Résumé
Les concentrations des molécules obtenues à partir d'échantillons
post-mortem ne sont pas forcément le reflet des
concentrations au moment du décès. Ces concentrations
post-mortem peuvent varier soit en fonction des différents
sites de prélèvement, soit en fonction du délai entre le décès
et la réalisation des prélèvements. Ces phénomènes ont été
regroupés sous le terme de redistribution post-mortem. Les
mécanismes présidant à ces phénomènes de redistribution
sont complexes et multifactoriels. Ils dépendent en premier
lieu de l'évolution des phénomènes cadavériques. En période
post-mortem précoce, certains organes, qualifiés “d'organes
réservoirs” peuvent relarguer les xénobiotiques
concentrés avant le décès. Il s'agit essentiellement du tractus
gastro-intestinal, du foie, des poumons ou du myocarde.
La lyse cellulaire et plus tardivement la putréfaction favorisent
également les phénomènes de redistribution. Le profil
physico-chimique et pharmacocinétique des xénobiotiques
semble être également un facteur déterminant, mais ces
aspects sont moins bien connus. La seule certitude actuelle repose sur le fait que les molécules lipophiles à large volume
de distribution subissent d'importants phénomènes de
redistribution. L'étude de la littérature montre cependant
que cette explication est largement insuffisante pour de nombreuses
molécules. D'autre part, l'éventualité de la poursuite
du métabolisme de certaines molécules en période postmortem
immédiate doit être envisagée. D'un point de vue
pratique, il est impératif de pouvoir disposer de prélèvements
autopsiques multiples afin de limiter les difficultés
d'interprétation et d'approcher les mécanismes présidant à
ces phénomènes de redistribution. Enfin, nous pensons qu 'il
est nécessaire de quantifier les variations observées, vraisemblablement
sous forme de pourcentage, afin d'harmoniser
l'interprétation de ces phénomènes.
Abstract - Mechanisms underlying postmortem redistribution
of drugs: about current knowledges
Postmortem concentrations of drugs do not necessarily
reflect their concentrations at the time of death. During the
postmortem period drug levels may vary according to the
sampling site and the interval between death and the time of
sample. These site- and time-dependent variations are called
“postmortem redistribution”. The underlying mechanisms
are complicated depending on postmortem changes as well
as on pharmacokinetic parameters. Passive drug release
from drug reservoirs (e.g. gastro-intestinal tract, liver,
lungs, myocardium) may occur immediately after death.
Later, autolysis and putrefactive processes participate in the
redistribution. Concerning pharmacokinetics, there is some
evidence that basic lipophilic drugs with a large volume of
distribution show important postmortem redistribution.
Nevertheless, it can not explain the postmortem redistribution
of non-basic and non-lipophilic drugs. Moreover, the
persistance of a drug metabolism immediately after death
has to be considered. The examination of samples originating
from different sites is of a great importance in order to avoid misinterpretations and to unserstand the underlying
mechanisms of postmortem redistribution. Furthermore, the
quantification of these site- and/or time-differences expression
the form of ratios can be a way to harmonize the interpretation
of the results.
Key words: postmortem redistribution -- drug reservoirs -- autolysis -- putrefactive process -- pharmacokinetics
Mots clés : redistribution post-mortem -- organes réservoirs -- lyse cellulaire -- putréfaction -- aspects pharmacocinétiques
© Société Française de Toxicologie Analytique 2001




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